mercredi, septembre 20, 2006

Oxydation des Bourgognes blancs

Ce coup-ci, la coupe est pleine.

Depuis environ 2 ans, lors de nombreuses dégustations, je rencontre de plus en plus de Bourgognes blancs de 5 à 10 ans (en gros, les millésimes entre 95 et 2000) qui se présentent avec une robe avancée, un fruit plus ou moins oxydé, des arômes lourds de fruits blets, de pomme ou poire trop mûre, un caractère terne et prématurément fatigué, usé. Hier soir, un Montrachet 1997 Marquis de Laguiche Joseph Drouhin (on se calme, je n'avais qu'une bouteille, je ne bois pas ça très souvent, malheureusement) correspondait précisément à cette description. Pas de chance, on a beau être fataliste, on enrage. Le bar sauvage au persil se sentait un peu seul.

Ce problème se manifeste de façon totalement aléatoire, d'une bouteille à l'autre : dans une même cuvée, d'un même producteur et d'un même millésime, entre deux bouteilles issues du même lot et conservées dans la même cave, l'une sera en pleine forme et loin de son apogée (ce qui devrait être le cas de tout 1er cru digne de ce nom de millésimes provenant d'un producteur talentueux dans des millésimes tels que 96, 99 ou 2000), et l'autre inexplicablement cacochyme, alzheimerisée avant l'heure et déséspérement terne.

Sauzet, Carillon, Marc Morey, Jean-Marc Boillot, Marc Colin, Ramonet, Comtes Lafon, Corton-Charlemagne de Bonneau du Martray, ou Puligny 1er cru Caillerets de Montille, pour ne citer que les producteurs touchés les plus réputés, sont particulièrement affectés, comme de nombreuses dégustations me l'ont démontré.

Bien sûr, 90% de ces vins sont bus dans leur jeunesse avant que le problème ne se pose vraiment, mais je ne suis pas le seul grand amateur de Bourgogne blanc à constater cette très inquiétante tendance, à laquelle quelques noms très prestigieux échappent encore à peu près (Leflaive, Raveneau, François Jobard, Roulot, Niellon, Coche-Dury....), mais heureusement aussi des domaines très qualitatifs beaucoup moins médiatiques (Giboulot, Thévenet, Arnaud Ente, Jacqueson, Château des Rontets, etc...).

Les forums de discussion sur le web ont à cet égard agi comme révelateur de l'ampleur du problème, souvent occultée par les producteurs pour diverses raisons tenant essentiellement, outre leur sincère incrédulité, à la difficulté d'une constatation objective d'un phénomène dont les causes restent mystérieuses. Le forum de Parker a généré une interminable liste de discussion, mêlant messages d'amateurs frustrés aux avis plus ou moins étayés d'experts en tout genre. un Wiki (wikipedia) ouvert à tous existe même pour compiler les avis et notes de dégustations (http://oxidised-burgs.wikispaces.com)

Une mission du BIVB est chargée d'enquêter et devrait rendre ses conclusions en 2007. Quoi qu'il en soit, ont été invoqués pêle-mêle le pouvoir oxydant du péroxyde d'azote utilisé pour laver les bouchons et la piètre qualité du liège, un excès de bâtonnage, un excès d'enherbement qui réduirait la présence dans le vin de molécules anti-oxidantes, l'absence fréquente de SO2 suffisant en bouteille, etc....Les causes sont sans doute multiples et il faudra du temps pour s'y retrouver.

En attendant, en regardant mes achats de vins, à part quelques bourguignons auxquels je reste fidèle, je m'aperçois qu'il y a ces temps-ci de plus en plus de Riesling alsaciens, allemands ou autrichiens, de sublimes Gruner Veltliner autrichiens, des blancs croquants du Frioul italien, sans oublier les blancs de Loire, du Jura ou du Roussillon....
Pour les Bourgognes blancs, buvez-les plus tôt ou restez fidèles aux meilleurs, en attendant que ça passe....

2 Commentaires:

At 1:11 AM, Anonymous Emmanuel Delmas said...

Bonsoir,

A la lecture de ce post, je ne peux qu'acquiescer, s'agissant aux oxydations de certains grands vins bourguignons.

Le support acidulé semble s'évanouir rapidement, alors même qu'apparaissent les signes évidents d'évolution, à travers les robes, et les architectures bien lourdes.

J'ai un Montrachet 1997, de Baron Thenard, que je vais bientot ouvrir, car je sens les prémices de l'oxydation à travers sa robe.

Mais, le problème existe aussi ailleurs. Notamment en Californie, en Napa, ou même en Russian River ValleY ou Carneros, là où les fraicheurs se font plus incisives.

Les chardonnay s'en retrouvent opulents, et après quelques années, leur fraicheur s'estompent également.

Sans parler de certains chardonnay hongrois, chiliens...CE QUI POURRAIT NOUS RASSURER (Bien que les progrès se feront)

J'avoue apprécier ces vins sur leur fraicheur, et leur fougue.

Quant au riesling, personnellement, il est un cépage ahurissant d'élégance et de race, surtout en Allemagne, tout comme peut l'être le gruner veltiner en Kemptal...

Les vins jurassiens sont empreints de personnalité et de caractère, j'adore !

Bonne continuation,

Emmanuel

 
At 12:11 AM, Blogger jean-emmanuel simond - oenotropie said...

Bonsoir,
je suis d'accord avec vous, le problème se rencontre aussi pour des vins provenant d'autres régions. Cela dit, ce qui me dérange moyennement sur un Chardonnay Chilien acheté 15€ ou même un Californien à 30€, pour lesquels l'effet terroir est relativement inexistant, prend un tout autre sens à mes yeux s'agissant d'un Bourgogne blanc de belle origine, et à fortiori d'un Montrachet....la faute est d'autant plus inexcusable et exaspérante. Mais loin de moi l'idée d'accabler les bourguignons, qui produisent à mes yeux certains des plus grands vins du monde....
Merci pour votre commentaire en tout cas.

Bien cordialement,

JE SIMOND

 

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